Workshop Anne Kawala

8 Mai

Quatre journées avec la poète Anne Kawala (2, 3, 6 & 7 mai). Intense expérience. Véritable aventure. Tensions, malaise de la « chose » qui sort de nous. Bouleversements intimes. Et la joie, immense, de la lecture. L’écoute des autres. Fusion. Ravissement. Avec Anne, avons vécu un parfait exemple de ce que devrait toujours être ce master : une expérience.

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Another hero

19 Avr

Le résultat de notre travail sur l’icône avec Laure Limongi est en ligne sur le blog another hero…

 

Le conte des gueux 12: gueux, petits et grands

19 Avr

Les gueux sentaient bien, entre la boue et les dérapages qu’ils risquaient de ne pas sortir indemnes de leurs études. Mais c’était de courageux petits gueux, ils étaient prêts à tenter l’aventure. Et puis ils étaient tout de même bien contents de s’être trouvés. On est déjà moins gueux quand on n’est plus isolé. Ils étaient maintenant un petit groupe qui pouvait manger des frites et parler d’écriture ensemble. Et après leurs journées de cours, en faisant griller des chamallows au dessus d’un braséro, ils se racontaient leur vie. Ils venaient de plus ou moins loin, de banlieue parisienne, de Marseille, ou du pays de Caux. Et les gueux étaient plus ou moins vieux. Les plus jeunes étaient tout juste diplômés. Les plus vieux comptaient par dizaines les années qui les séparaient de leur dernier passage à l’école. Certains avaient même connu les années 60. Mais la cohabitation se passait bien. Les plus vieux faisaient part aux plus jeunes de leur expérience. Les plus jeunes transmettaient aux plus vieux un peu de leur vigueur et de leur enthousiasme. La seule chose qui tracassait un peu les jeunes, bien qu’il n’osassent pas l’avouer était ceci: « Mais, quand même, à leur âge, serai-je moi aussi toujours aussi gueux? »

gueux72

Workshop Laure Limongi

20 Mar

Quatre très belles journées (15, 18, 19 et 20 mars) à l’aître Saint-Maclou (Rouen) avec l’éditrice (Léo Scheer et Inculte) et auteur Laure Limongi. Laure nous a présenté son travail d’écrivain, avec des lectures (très belles) de quelques passages de trois de ses livres : Fonction Elvis (Léo Scheer, 2006),  Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques  (al dante, 2004), et Soliste (Inculte, 2013)… Les trois autres journées ont quant à elles été consacrées à la lecture commentée des œuvres de Raymond Federman (Surfiction), Gilbert Sorrentino (La Folie de l’or), Kathy Acker (Sang et Stupre au lycée) et d’Hélène Bessette (MaternA), de Brian Stanley Johnson (RAS Infirmière Chef).

Le conte des gueux 11 : le grand A

14 Mar

Le cours de la dryade Bui s’intéressait à la critique d’art. La dryade était très mince à force de descendre et monter les escaliers pour aller chercher les câbles qui faisaient défaut à son vidéoprojecteur. Forcément, pour critiquer l’Art, il fallait le regarder un peu. Devant le refus définitif du vidéoprojecteur de s’allumer, la dryade sortit d’un écrin un grand A en bronze doré qui avait l’air très lourd.  » Qu’est-ce que l’Art ? » demanda-t-elle, tenant l’espèce de presse papier devant ses yeux. L’objet luisait doucement et dégageait un certain mystère. La dryade le leur fit passer de main en main en les priant de faire attention. Et chaque gueux, le grand A entre les mains, dans une demi-transe expliquait ce qu’était l’Art pour lui. Hélas, le dernier petit gueux, d’un geste malencontreux  laissa tomber le grand A sur le pied. Cela lui fit très mal, mais heureusement, le A ne se brisa pas. Si les gueux avaient cassé l’Art, ils s’en seraient voulu, et cela aurait confirmé leur réputation de gueuserie. Les huit gueux valides accompagnèrent leur camarade boiteux jusqu’à l’infirmerie.

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Le conte des gueux 10 : dame Mathey et le Graal

12 Mar

Les gueux décidèrent de se consacrer aux cours qu’ils arrivaient à comprendre. Ils se rendirent en sifflotant au cours de dame Mathey, qui devait leur raconter comment les évènements devenaient mythes. Ils prirent tous place autour d’une table ronde au centre de laquelle était posée une grande coupe à fruits. D’aucuns parmi les anciens étudiants de dame Mathey disaient que ce saladier était le Graal. Il était rempli de pommes, car, après tout, c’était la Normandie. Dame Mathey, de sa voix douce leur raconta comment Arthur, par la force d’imagination des peuples, d’un grand chef de guerre était devenu un roi de légende. » Au Moyen-Âge, le merveilleux était accepté comme faisant partie de la vie. Mais même aujourd’hui, à Brocéliande, il se trouve des gens pour chercher le roi Arthur. » Un des gueux lui demanda si elle l’avait cherché elle-même. Dame Mathey rosit et posa un regard nostalgique, sans répondre, sur la coupe à fruits. Les gueux, ne voulant pas interrompre sa méditation sortirent de la salle sans faire de bruit, et allèrent s’acheter des pommes au Carrefour City. Mais quand ils croquèrent dedans, elles n’étaient plus de simples pommes de supermarché, elles étaient des pommes de légende. Et même si le monde en doutait, le Havre aussi pouvait être une terre de légendes.

graal

Le conte des gueux 9 : divergence d’opinion

12 Mar

Devant le constat répété de l’illettrisme des gueux, le master de création littéraire était en effet devenu peu à peu un master d’humiliation littéraire. Ils n’avaient d’abord pas tellement protesté. Encore une fois, ils étaient des gueux, et l’humiliation était leur quotidien. Mais petit à petit, la constance des insultes qui pleuvaient sur leur dos courbé les incita à se rebeller. Ils relevèrent la tête et décidèrent de commencer à réfléchir ensemble à ce qu’ils attendaient de cet apprentissage. Entre autres choses ressortirent deux idées :  il fallait explorer le plus de chemins possibles d’écriture, écrire des chansons, des romans, des scénarios de films, de séries, de bd… Les gueux ne croyaient pas en la haute et la basse culture. Il ne croyaient pas en la hiérarchie. Forcément, s’il y en avait une, ils étaient tout en bas. A cette demande, Philéon le stylite, du haut de la colonne où il était juché pour méditer, n’entrouvrit même pas les yeux en laissant tomber sur eux ce seul mot : « Anti-littéraire. » Leur deuxième demande était de parler un peu de structure narrative, de la composition et de la genèse d’un texte. Cette fois ci, Philéon le stylite ouvrit les yeux et le regard qu’il posa sur eux leur donna la mesure de la déception qu’il éprouvait à leur égard. « Vous voulez des recettes de cuisine. Comme c’est vil. Moi, Philéon le stylite, je n’ai pas mangé depuis 1979. Allez donc faire des confitures et laissez la nourriture spirituelle à ceux qui la méritent. » Les gueux haussèrent les épaules et, laissant le stylite seul sur sa colonne, partirent casser une graine au Roi de la Frite.