Tag Archives: haute culture

Le conte des gueux 9 : divergence d’opinion

12 Mar

Devant le constat répété de l’illettrisme des gueux, le master de création littéraire était en effet devenu peu à peu un master d’humiliation littéraire. Ils n’avaient d’abord pas tellement protesté. Encore une fois, ils étaient des gueux, et l’humiliation était leur quotidien. Mais petit à petit, la constance des insultes qui pleuvaient sur leur dos courbé les incita à se rebeller. Ils relevèrent la tête et décidèrent de commencer à réfléchir ensemble à ce qu’ils attendaient de cet apprentissage. Entre autres choses ressortirent deux idées :  il fallait explorer le plus de chemins possibles d’écriture, écrire des chansons, des romans, des scénarios de films, de séries, de bd… Les gueux ne croyaient pas en la haute et la basse culture. Il ne croyaient pas en la hiérarchie. Forcément, s’il y en avait une, ils étaient tout en bas. A cette demande, Philéon le stylite, du haut de la colonne où il était juché pour méditer, n’entrouvrit même pas les yeux en laissant tomber sur eux ce seul mot : « Anti-littéraire. » Leur deuxième demande était de parler un peu de structure narrative, de la composition et de la genèse d’un texte. Cette fois ci, Philéon le stylite ouvrit les yeux et le regard qu’il posa sur eux leur donna la mesure de la déception qu’il éprouvait à leur égard. « Vous voulez des recettes de cuisine. Comme c’est vil. Moi, Philéon le stylite, je n’ai pas mangé depuis 1979. Allez donc faire des confitures et laissez la nourriture spirituelle à ceux qui la méritent. » Les gueux haussèrent les épaules et, laissant le stylite seul sur sa colonne, partirent casser une graine au Roi de la Frite.

Publicités

Le conte des gueux 2 : l’ogre Bon

11 Fév

La rentrée fut un grand évènement. L’école fit venir un ogre tourangeau pour leur enseigner la grrrande littérature, l’ogre Bon. L’ogre était rablé, couronné de cheveux blancs et ses yeux étaient petits et plissés à force de lire des livres écrits petit et de twitter sur son Ipad. A peine entré dans la salle, il se mit à gronder.
« Avez-vous lu Novarina ? »
Les gueux se tassèrent sur leur chaise, décoiffés par le souffle de l’ogre Bon.
« Avez-vous lu Ponge ? »
La voix enflait, roulait comme une cascade de montagne. Les gueux n’osaient répondre.
« Avez-vous lu Proust ? »
Les gueux recroquevillés ne faisaient que bredouiller, écrasés par leur statut de gueux. L’ogre donna un grand coup de pied dans le mur, de colère et de frustration. Le plâtre vola.
« Ce n’est pas possible ! Qui m’a fichu des gueux pareils ! Je me disais bien, aussi, quand on m’a proposé le Havre ! »

ogrebon