Workshop Norbert Czarny

10 Mar

Mercredi 6 et jeudi 7 mars, à l’Aître Saint-Maclou (campus rouennais de l’Esadhar) deux très belles journées avec Norbert Czarny, critique à la Quinzaine littéraire. Au programme : Aharon Appelfeld, Patrick Deville, Julia Deck, Christian Oster, Philippe Forest et bien d’autres… Les textes issus de ce workshop seront publiés sur le blog du festival Terre de Paroles. La rencontre avec Norbert a été un authentique moment d’intelligence partagée, de sérénité et d’écoute réciproque. Bref, ces deux journées (malgré l’une de ces fameuses pluies fines rouennaises) auront été radieuses. Avec toute l’élégance et l’intelligence qui le caractérisent, Norbert nous a fait le cadeau de cette très belle bibliographie.

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Le conte des gueux 8 : la propagande du tzarevitch

25 Fév

Les gueux durent prendre une douche avant d’aller suivre le séminaire du tzarevitch Loskouty, ne pouvant se présenter à lui dégoulinants de gadoue. Le professeur plongea son regard bleu dans chacune de leurs paires d’yeux quand ils entrèrent dans la salle et les gueux se dirent qu’ils n’avaient pas assez frotté, et qu’ils restaient crasseux. Le professeur devait leur parler de propagande. Ils s’étaient un peu demandé dans quelle mesure cela avait à voir avec un cursus de création littéraire, mais en y réfléchissant, cela leur avait paru évident. La propagande était une manipulation du langage, et eux étaient ici pour tripoter les mots. Du tripotage à la manipulation, il n’y a qu’un pas et certains de leurs professeurs l’avaient franchi à de multiples reprises, répandant le bruit dans la région (et même au delà) qu’ils étaient illettrés. Il est vrai qu’ils étaient sales et sentaient mauvais et que quand ils tenaient un livre, leurs doigts y imprimaient des traces de gras, mais ils lisaient tout de même et près de leur lit s’amoncelaient les livres qu’ils avaient souillés de leur pattes huileuses. Les gueux ouvrirent grand leurs oreilles au discours du tzarevitch. Eux aussi voulaient jouer à propagander.

tzarevitch

Le conte des gueux 7 : le professeur ninja Ouallet

21 Fév

Dans la salle de classe où ils étaient assis ensemble, gueux et non gueux furent rejoints par le professeur ninja Ouallet, encapuchonné de noir. Le ninja leur fit signe de le suivre. Il les emmena en zone marécageuse, car après tout, cela ne manquait pas, au Havre. Il leur fallait serpenter entre des lacs de mémoire et d’oubli. Les étudiants en lettres étaient un peu habitués à ces zones mouvantes de la pensée et sautillaient au dessus de l’eau, légers, trouvant du pied des rochers ou des zones de terre compacte pour les soutenir. Les gueux trébuchaient, eux, et se mouillaient les pieds, quand ils ne tombaient pas carrément tête la première dans les flaques. Le nez dans la boue, ils avaient le sentiment d’être tombés bien bas, mais le ninja noir vint leur tendre la main et leur dit : « N’hésitez pas à vous rouler dans la boue de l’oubli. Tout est imbriqué, et là, vous trouverez peut-être votre mémoire, vous-même, les autres et le monde lui-même, qui sait ? » Alors, les gueux se roulèrent dans la boue (ils avaient l’habitude, après tout c’était des gueux), et leur professeur aussi, bien que la crasse n’adhérât pas à sa tenue de ninja, ce qui lui permettait de garder une certaine distinction.

ninja

Le conte des gueux 6 : la fac

19 Fév

On avait dit aux gueux « La pratique c’est bien, mais sans un peu de théorie, cela revient à essayer de vider une tête qui n’a jamais été pleine. » Ils devaient donc aller suivre des cours à la fac. Il fallait pour cela se mêler à des étudiants en lettres. Ils étaient intimidés, mais Stéphane, le gueux qui avait une maîtrise de lettres leur dit : « Ne vous inquiétez pas, je suis passé par là, ce n’est pas si terrible. » Les gueux se mouchèrent dans leurs manches, essuyèrent leurs joues crasseuses et traversèrent la route qui les séparaient de ce temple du savoir: la fac de lettres. Ils devaient se rendre dans des salles bizarrement étiquetées de noms de colorants alimentaires. D203. A121. A319. Les petits gueux, après avoir beaucoup cherché les bonnes salles de classe dans la grande bâtisse finirent par s’y retrouver. Les étudiants en lettres avaient déjà pris place. Devant leurs cheveux propres et brillants, les gueux se sentirent encore plus gueux. Ils n’osaient pas s’asseoir trop près d’eux pour ne pas leur refiler la gale. Mais les étudiants en lettres leur firent un sourire. Il ne les méprisaient donc pas. Ces deux mondes pouvaient peut-être cohabiter.

fac

Joli Master

19 Fév

Voilà un beau programme de Master Création littéraire… Oh, mince ! C’est en Angleterre !

Le conte des gueux 5 : le Geek Lafargue

17 Fév

Les yeux encore humides des mondes engloutis qu’ils avaient visités, les gueux glissèrent vers le quatrième atelier d’écriture qui leur était offert. Ils devaient pour cela se rendre dans la tanière de l’érudit geek Lafargue. Celui-ci était en charge de l' »écriture multimédia », mais bien qu’ayant été à l’avant-garde de plusieurs médias, le grand geek Lafargue ne prônait pas la nouveauté à tous crins mais les mettait en garde contre l’obsolescence des choses.  » On ne le croirait pas aujourd’hui mais dans les années 90, les Cds interactifs, c’était l’avenir. Imaginez la brièveté de cet avenir-là ». Le grand geek Lafargue s’intéressait à toutes sortes de choses, pouvant parler avec la même aisance de littérature, de programmation, de « Buffy contre les vampires » ou de l’évolution du maquillage télé en vingt ans (avant, les maquilleurs télé vous badigeonnaient de vert, maintenant, ils vont font « vous-même » en plus beau). C’était une sorte d’esprit grenier, rempli d’objets disparates… Du coup, les gueux commençaient à se sentir plus en confiance et à parler de ce qu’ils avaient envie d’écrire, de fabriquer. Le geek Lafargue les écoutait, leur donnait quelques pistes à explorer, ponctuant ses phrases d’un petit « hum » serein.

geek72gris

Le conte des gueux 4 : l’atelier ERASTINULO

11 Fév

Les gueux se dirigèrent tête basse vers leur troisième atelier d’écriture. Ils commençaient à perdre patience et à se dire que leur quête de l’écriture était vaine et sans espoir. Ils ouvrirent en soupirant la porte du troisième atelier et se retrouvèrent en terre erastinulienne. Cet atelier était tenu par une grande hydre calme aux manières douces et civilisées. L’une de ses têtes s’appelait Élise. L’autre, Maxence. « Remettez vos manteaux, dirent les deux têtes, nous partons visiter la grotte sacrée où sont entreposées les écritures anciennes. » Les gueux traversèrent la ville à la suite de l’hydre et au bout d’une longue marche, sur une butte ensoleillée, entourée de jardins, ils trouvèrent la caverne aux parchemins. « Visitez ce lieu puis revenez nous voir et alors, nous écrirons ensemble » dit la tête qui s’appelait Élise. La tête qui s’appelait Maxence leur fit un sourire d’encouragement. Puis l’hydre redescendit la colline, laissant les gueux vivre leur voyage initiatique. Légèrement tremblants, ils entrèrent dans la caverne. Et là, les visions commencèrent autour d’eux. Ils avaient pénétré dans un théâtre d’ombres.

Erastinulo