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La twittomanie est un vilain défaut

11 Fév
La toute première chose que nous ayons faite, au tout premier jour de notre master, a été de créer un blog, pour y mettre les textes produits en atelier. Bien sûr, ça a commencé avec des problèmes d’Internet qui rame et pour ma part avec l’angoisse de trouver un titre pour un blog dont je n’avais aucune idée de ce qu’il allait contenir. Celle aussi que les camarades se disent dès ce premier choix écrit que j’étais infréquentable. Mais au bout d’un moment, tant pis. Si je suis une dinde, ils le sauront de toute façon.
Après avoir un peu râlé in petto, je comprends l’intérêt du blog. Notre petit groupe de neuf va travailler ensemble pendant ces deux ans, et le blog permet cette dynamique individuelle et collective à la fois. Nos blogs sont des petites cellules reliées les unes aux autres. On va régulièrement visiter ceux des copains et quand ils lisent leurs textes à haute voix, souvent, on a l’article sous les yeux et la dissociation entre l’oral et l’écrit est parfois très intéressante.
Mais ces blogs sont des carnets de brouillons. Les textes qu’ils contiennent ne sont pas toujours aboutis, nous ressemblent parfois très peu et comme le matériel utilisé dans les exercices d’écriture est souvent intime et autobiographique, le résultat peut dévoiler notre tripaille à un point difficile à assumer.
Du coup, nos noms de famille n’apparaissent pas sur ces blogs. Et petit à petit, la plupart sont passés en contenu privé. En grande partie aussi parce que certains de nos professeurs, très axés « Internet et communication », montrent peu de barrières entre le public et le privé.
Il a été question de « côtes asséchées d’inculture » à notre sujet sur le blog de Philippe Ripoll. « Le Havre erreur de casting » a craché le twitter de François Bon. Ces choses-là ont été discutées et plus ou moins digérées, mais il n’en reste pas moins qu’après les tweets de François Bon, 7306 personnes peut-être (son nombre actuel d’abonnés) auront conclu que les Havrais sont des débiles légers à qui on n’a pas le droit de parler de Proust et qui ne possèdent qu’un cinéma abandonné.
Le format court des tweets est évidemment particulièrement partial et lapidaire. Le cinéma d’art et d’essai abandonné ne l’est que pour travaux, il a migré quelques pâtés de maisons plus loin mais quelle importance ?
Du rythme, de l’incisif, de l’immédiat, c’est bien l’intérêt de twitter. C’est parfait pour les coups de gueule mais ce qui est public est public, ce qui est lu est lu et un professeur déçu par ses élèves devrait probablement d’abord vider son sac avec ses potes dans un bistrot avant de twitter sa colère au monde.