Le conte des gueux 3 : Philéon le stylite

11 Fév

La tête basse, les petits gueux rassemblèrent leurs carnets et leurs ordinateurs portables pour aller suivre le cours suivant. Ils trouvèrent leur professeur, Philéon le stylite, assis en tailleur dans la salle vide.  Ne sachant trop que faire, ils s’assirent à leur tour sur le sol, le long des murs, bien silencieusement pour ne pas interrompre la méditation de l’ermite. Pas un bruit ne dérangeait le silence. Chacun entendait bien sa respiration. Mais il essayait de l’étouffer au maximum, au risque de tomber mort, privé d’oxygène. Au moment où les gueux n’en pouvaient plus de leur apnée, violacés et les joues gonflées, le professeur ouvrit les yeux. Il sourit et agita une clochette de cuivre posée à coté de lui.  » L’espace de lecture est ouvert », dit-il. Les gueux se regardèrent. Aucun n’avait rien écrit. Philéon le stylite eut un nouveau sourire plus bienveillant encore. « Si vous n’avez rien écrit, c’est que vous ne savez pas vous écouter, ni écouter le monde. L’encre doit couler toute seule du stylo quand on est stylite. » A la fin du cours, les gueux se dirent qu’ils avaient bien mérité une bière.

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Exposition « Plans d’intervention »

11 Fév

plans d'intervention

Communiqué de presse du 4 février 2013

 Afin de lancer de jeunes artistes, la Région Basse-Normandie expose, du 2 février au 10 mars à l’Abbaye-aux-Dames à Caen, les œuvres de cinq jeunes diplômés de l’ésam Caen/Cherbourg.

L’exposition Plans d’intervention a été organisée par la Région Basse-Normandie et l’ésam, école supérieure d’arts et médias de Caen/Cherbourg. Pour Pascale Cauchy, vice-présidente de la Région en charge de la culture, « En faisant appel à un commissaire d’exposition indépendant et en publiant un catalogue qui facilitera leur insertion dans les réseaux de l’art contemporain, la Région souhaite apporter un soutien à ces cinq artistes, Emma Bourguin, Angèle Del Campo Edouard, Makeba Gil Lopez, Renaud Jaillette et Thi Bich Van Nguyen, qui ont obtenu en mai et juin 2012 leur diplôme de 5e année (DNSEP) avec les Félicitations du jury. »

Le principe retenu par le commissaire de l’exposition, Émeline Eudes et les cinq artistes est d’occuper et de révéler les deux salles de l’Abbaye-aux-Dames qui leur sont confiées, par la présence physique des œuvres, qu’elles soient d’ordre visuel, sonore, olfactif.

« Élaborée autour des nouvelles pièces réalisées par les artistes félicités lors de leur diplôme à l’École supérieure d’art et médias de Caen-Cherbourg, l’exposition Plans d’intervention fait une incursion dans le pouvoir d’activation du réel qui émane de cette jeune création. Ainsi, dans la salle des Abbesses, Emma Bourgin et Thi Bich Van Nguyen replacent l’expérience sensible du corps au cœur de leurs dispositifs, s’adressant par les matériaux utilisés tout autant aux sens des spectateurs qu’à l’architecture du lieu. Tandis que dans la salle Robert le Magnifique, c’est l’énergie du verbe, du rythme, de l’échange et de la vie de nos corps sociaux qui est en jeu. Le panthéon trans-genre et trans-culturel dévoilé par Angèle Del Campo Edouard œuvre à la fois avec facétie et dévotion à l’exercice critique de nos conventions sociales, tout comme Miriam Makeba Gil López part à la rencontre des habitants d’un quartier dit ‘sensible’ de la banlieue de Mexico, pour dévoiler des visages, des sourires et des regards individualisés là où les médias stigmatisent une population en une image globale et stéréotypée. C’est enfin à Renaud Jaillette qu’il revient de faire sourdre en l’espace le battement de nos interrogations et peurs les mieux enfouies.

Ce projet en les murs de l’Abbaye propose ainsi de réveiller notre quotidien par des interventions où le poétique devient politique. Que la Région de Basse-Normandie soit remerciée d’accueillir en ce site historique la culture vivante d’une nouvelle génération. »

Emeline Eudes

Émeline Eudes est chargée de la coordination pédagogique du programme Artiste en milieu scolaire à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, elle est aussi chercheur associé dans le domaine de l’esthétique environnementale au Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces (LADYSS), et rédactrice en chef de ARTnord, revue consacrée à l’art contemporain nordique et balte.

Infos pratiques :

Exposition du 2 février au 10 mars 2013

Entrée libre, tous les jours, de 14h à 18h

Abbaye aux Dames, Place Reine Mathilde à Caen

Contact presse : Caroline Monnot – Tél : 02 31 06 96 27

La twittomanie est un vilain défaut

11 Fév
La toute première chose que nous ayons faite, au tout premier jour de notre master, a été de créer un blog, pour y mettre les textes produits en atelier. Bien sûr, ça a commencé avec des problèmes d’Internet qui rame et pour ma part avec l’angoisse de trouver un titre pour un blog dont je n’avais aucune idée de ce qu’il allait contenir. Celle aussi que les camarades se disent dès ce premier choix écrit que j’étais infréquentable. Mais au bout d’un moment, tant pis. Si je suis une dinde, ils le sauront de toute façon.
Après avoir un peu râlé in petto, je comprends l’intérêt du blog. Notre petit groupe de neuf va travailler ensemble pendant ces deux ans, et le blog permet cette dynamique individuelle et collective à la fois. Nos blogs sont des petites cellules reliées les unes aux autres. On va régulièrement visiter ceux des copains et quand ils lisent leurs textes à haute voix, souvent, on a l’article sous les yeux et la dissociation entre l’oral et l’écrit est parfois très intéressante.
Mais ces blogs sont des carnets de brouillons. Les textes qu’ils contiennent ne sont pas toujours aboutis, nous ressemblent parfois très peu et comme le matériel utilisé dans les exercices d’écriture est souvent intime et autobiographique, le résultat peut dévoiler notre tripaille à un point difficile à assumer.
Du coup, nos noms de famille n’apparaissent pas sur ces blogs. Et petit à petit, la plupart sont passés en contenu privé. En grande partie aussi parce que certains de nos professeurs, très axés « Internet et communication », montrent peu de barrières entre le public et le privé.
Il a été question de « côtes asséchées d’inculture » à notre sujet sur le blog de Philippe Ripoll. « Le Havre erreur de casting » a craché le twitter de François Bon. Ces choses-là ont été discutées et plus ou moins digérées, mais il n’en reste pas moins qu’après les tweets de François Bon, 7306 personnes peut-être (son nombre actuel d’abonnés) auront conclu que les Havrais sont des débiles légers à qui on n’a pas le droit de parler de Proust et qui ne possèdent qu’un cinéma abandonné.
Le format court des tweets est évidemment particulièrement partial et lapidaire. Le cinéma d’art et d’essai abandonné ne l’est que pour travaux, il a migré quelques pâtés de maisons plus loin mais quelle importance ?
Du rythme, de l’incisif, de l’immédiat, c’est bien l’intérêt de twitter. C’est parfait pour les coups de gueule mais ce qui est public est public, ce qui est lu est lu et un professeur déçu par ses élèves devrait probablement d’abord vider son sac avec ses potes dans un bistrot avant de twitter sa colère au monde.
 

Exposition réalité augmentée

11 Fév

RARECTO

RAVERSO

Le conte des gueux 2 : l’ogre Bon

11 Fév

La rentrée fut un grand évènement. L’école fit venir un ogre tourangeau pour leur enseigner la grrrande littérature, l’ogre Bon. L’ogre était rablé, couronné de cheveux blancs et ses yeux étaient petits et plissés à force de lire des livres écrits petit et de twitter sur son Ipad. A peine entré dans la salle, il se mit à gronder.
« Avez-vous lu Novarina ? »
Les gueux se tassèrent sur leur chaise, décoiffés par le souffle de l’ogre Bon.
« Avez-vous lu Ponge ? »
La voix enflait, roulait comme une cascade de montagne. Les gueux n’osaient répondre.
« Avez-vous lu Proust ? »
Les gueux recroquevillés ne faisaient que bredouiller, écrasés par leur statut de gueux. L’ogre donna un grand coup de pied dans le mur, de colère et de frustration. Le plâtre vola.
« Ce n’est pas possible ! Qui m’a fichu des gueux pareils ! Je me disais bien, aussi, quand on m’a proposé le Havre ! »

ogrebon

Le conte des gueux 1 : le master création littéraire

11 Fév

Il était une fois neuf petits gueux. Sept d’entre eux étaient d’anciens étudiants en Art. C’est dire s’ils étaient des gueux. Il y avait aussi deux titulaires de diplômes obsolètes : une maîtrise d’Anglais et une maîtrise de Lettres. Dans leur pays, on considérait que certains naissaient avec un don (purement décoratif, et peu rémunérateur), le don de « savoir écrire ». Les petits gueux écrivaient depuis toujours, ou en tous cas depuis longtemps, en marge de leur métier, pour certains, de leur activité artistique (elle aussi purement décorative et peu rémunératrice) pour d’autres. Ils n’avaient pas pour autant l’impression de « savoir écrire ». Et dans leur pays, comme je le disais, contrairement à certaines contrées plus ou moins lointaines, on considérait qu’écrire ne s’apprenait pas. D’ailleurs, les petits gueux ne voulaient pas « apprendre à écrire ». Ils voulaient travailler, progresser, cheminer, discuter de l’écriture. Et là, le miracle se produisit : dans la ville pourtant reculée dans laquelle ils vivaient s’ouvrit un Master Création Littéraire.

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